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 Invisible Ink de Brian McDonald

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kwentin
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MessageSujet: Invisible Ink de Brian McDonald   Sam 16 Juin 2012 - 19:00

Bonjour à tous,

Je voudrais vous présenter le travail de Brian MacDonald, un cinéaste indépendant passionné par le storytelling. Il a enseigné des séminaires sur l'art de raconter des histoires à Pixar, Disney et ILM, et c'est un sujet sur lequel il a réfléchi depuis qu'il est tout jeune. Il enseigne également ses théories dans diverses écoles de cinéma aux Etats-Unis.

Mais Brian MacDonald est avant tout l'auteur de Invisible Ink, un guide pour les scénaristes à présent reconnu par un grand nombre de professionnels, et qui selon moi surpasse tous les autres guides sur le scénario.

C'est un excellent (et même indispensable) compagnon de route de STORY de Robert McKee. Perso, j'ai une préférence pour Invisible Ink, que je trouve beaucoup plus clair, limpide et compréhensible que Story. De plus, il y a des choses dans Invisible Ink qui ne sont pas évoquées dans Story, et qui sont justes... énormes.

Invisible Ink est l'un des livres les plus utiles que j'ai jamais lu - ça a changé la façon dont je regarde des films ou pense à propos des histoires et de la narration. Mais vraiment. Brian MacDonald est un fervent défenseur de la clarté et de la simplicité. Il énonce ses théories avec précision, sans superflu, en ayant recours à des exemples toujours clairs et pertinents.

Brian MacDonald est également l'auteur de The Golden Theme et Freeman, deux autres livres sur le scénario, que je vous recommande tout aussi chaudement !


Voici le lien Amazon pour Invisible Ink (le livre n'est disponible qu'en anglais pour l'instant) :

http://www.amazon.com/Invisible-Ink-Practical-Building-Resonate/dp/0984178627/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1339862841&sr=8-1&keywords=invisible+ink+brian+macdonald

Il possède également un blog, nommé lui aussi Invisible Ink (et ce qui est dans le livre reprend la grande majorité des articles du blog) :

http://invisibleinkblog.blogspot.fr/

EDIT : j'ai rajouté un lien vers le PDF complet de Invisible Ink (en anglais) ici.



Voici la traduction des premiers posts de son blog, où il parle de l'un des éléments clés dans une histoire, l'armature.


L'ARMATURE - PARTIE 1

Grâce à mon ancien job dans des boîtes de maquillage pour le cinéma, j'ai connu quelques sculpteurs. Quand ils commencent à sculpter l'argile, ils construisent d'abord une armature, qui agit comme un squelette. Sans elle, la sculpture ne tiendrait pas. Il se peut qu'elle tienne le choc pendant un moment, mais elle s'effondrera inévitablement.

Quand un amateur d'art contemple une sculpture, il ne voit ni ne pense jamais à l'armature qui donne à la pièce sa cohérence et sa solidité. L'armature est invisible, mais elle fait tout autant partie de la sculpture que la partie visible.

Avant de commencer à écrire, vous devez, vous aussi, bâtir une armature. Pour nous, raconteurs d'histoires, l'armature est l'idée sur laquelle nous basons notre récit. C'est ce que beaucoup appellent le thème, mais je trouve ce mot pas assez descriptif et je pense qu'il peut porter à confusion. J'ai remarqué pendant mes cours que de nombreuses personnes trouvent à réagir lorsqu'on leur parle de thème.

Alors, qu'est-ce qu'une armature quand on parle de narration ? Eh bien, c'est ce que vous voulez dire avec votre histoire. Un jour, je discutais avec un ami qui se plaignait du fait qu'un producteur veuille changer une scène de son scénario. Mon ami était en colère car, selon lui, le changement voulu par le producteur n'avait rien à voir avec son thème. Il me dit "Mon thème est la compétition. Et cette nouvelle scène n'a rien à voir avec la compétition !". Je ne lui ai rien répondu à l'époque pour ne pas le blesser davantage.
Il existe une vieille plaisanterie à propos du mariage : " Le mariage n'est pas un mot, c'est une phrase." Il en va de même avec le thème. Mon ami n'avait rien à raconter, rien à dire sur le sujet de la compétition. "Compétition" n'est pas un thème. Un thème (ou armature) pourait être : "La compétition est parfois un mal nécessaire". Ou bien : "La compétition entraîne l'auto-destruction". Dire que votre thème est "la compétition" revient à dire que votre thème est "le rouge" : en réalité, ça ne veut rien dire.


PARTIE 2

Qu'est-ce qui fait que certaines histoires nous restent en tête, nous marquent profondément, alors qu'on en oublie facilement d'autres ?
Avoir un argument, quelque chose à dire, donne de la force et de l'impact à vos histoires. Vous souvenez-vous du dicton : "Un fou parle parce qu'il doit dire quelque chose ; un sage parle parce qu'il a quelque chose à dire" ? Eh bien, ce dicton est également vrai lorsqu'on écrit des histoires.

Prenons l'exemple de l'histoire du roi Midas. C'est un roi qui aime sa fille par-dessus tout - tout du moins, c'est ce qu'il pense. Un jour, on lui offre un pouvoir, celui de transformer en or tout ce qu'il touche. Tout va pour le mieux lorque soudain, il touche sa fille, qui à son tour se transforme en or. Le roi apprend ainsi qu'il y a des choses bien plus importantes que l'argent.

Votre armature est comme la morale des fables pour enfants. L'armature, c'est ce que vous voulez prouver, ce que vos voulez dire. Votre histoire est bâtie autour de ça.

Avec le roi Midas, l'auteur a voulu enseigner aux gens qu'il y a des choses plus importantes que l'argent. Quels étaient ses devoirs en tant qu'auteur ? Premièrement, il a du créer un personnage avide. Ensuite, il a du établr une situation dans laquelle son héros obtiendrait ce qu'il veut. Enfin, il a du faire en sorte de changer ce pouvoir magique en quelque chose qui apprendrait une leçon à son héros.

Absolument tout, dans cette histoire, a été conçu pour prouver l'argument de l'auteur. Vous devriez appliquer cette démarche à votre propre travail.

Je suis sûr que certains d'entre vous pensent que cette définition du thème est trop simpliste. Vous vous dites : "Non, ça doit être plus compliqué que ça !" Eh bien non, ça ne l'est pas.

Peut-être aussi avez-vous peur d'être perçus comme trop sermonneur ? Au fil des ans, j'ai rencontré de nombreux étudiants qui avaient peur d'être trop sermonneurs et trop flagrants, mais jamais un qui n'ait eu peur de ne pas être assez clair, jamais un qui n'ait eu peur que son propos ne soit pas compris.


PARTIE 3

La première chose que vous devez faire pour nous faire comprendre votre argument est de savoir ce que vous voulez dire. Je sais que ça peut paraître évident, mais je ne rencontre quasiment jamais d'auteurs qui savent ce qu'ils veulent dire à travers leur histoire. En général, ils veulent faire passer un message profond auquel jamais personne n'a pensé, mais ils ne savent pas quel est ce message. Ou sinon, ils veulent dire un million de choses en une seule histoire. Ils ne comprennent pas qu'en dire trop revient à ne rien dire du tout.

Un jour, je lisais une interview de Chuck Jones dans laquelle il parlait de la différence entre animer de jeunes animaux et de vieux animaux. Il avait observé qu'un petit chiot, par exemple, dépensait beaucoup d'énergie pour exécuter de simples tâches. En résultait tous ces mouvements chaotiques et désordonnés que l'on associe aux jeunes mammifères.
Par contraste, les animaux adultes jouent plus sur l'économie. Comparez la façon maladroite qu'a un chaton de chasser à la précision du chat adulte.

J'ai remarqué la même chose chez les écrivains et scénaristes : les auteurs les moins expérimentés pensent que plus une chose est compliquée, mieux c'est. Mais, à l'image du chaton, leur travail est toujours maladroit et souffre d'un manque de précision. Si vous voulez ressembler à un auteur mature, soyez précis.


Dernière édition par kwentin le Mar 5 Déc 2017 - 14:40, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Sam 16 Juin 2012 - 19:14

L'ARMATURE - PARTIE 4

Il existe un vieux conseil que l'on donne généralement à ceux qui sont sur le point de faire un speech : "Racontez-leur ce que vous allez leur raconter ; racontez-leur ; racontez-leur ce que vous venez de leur raconter". Ceci vaut tout aussi bien pour les autreurs/scénaristes. En fait, ces trois conseils peuvent très bien représenter vos trois actes. Mais comment, au juste, mettre tout ceci en pratique ? Comment est construite votre armature ?

En permier lieu, vous devez savoir où vous allez, vous devez connaître votre fin, sinon vous n'y arriverez jamais. Ensuite, vous devez faire comprendre aux spectateurs où vous les emmenez. Vous leur montrez votre armature, l'idée que vous voulez explorer. Un moyen de faire cela est d'avoir un personnage dire tout haut ce que vous voulez dire à travers votre histoire.

Dans E.T., quand Elliot dit quelque chose qui blesse sa mère, au début du film, le frère aîné d'Elliot s'énerve contre lui, choqué par son manque de compassion, et s'écrie : "Nom de Dieu, Elliot, quand est-ce que tu vas enfin grandir et apprendre à respecter les sentiments des autres ?" Après cette scène, Elliot rencontre E.T. Et l'une des premières choses qui arrive est que quand E.T. a sommeil, Elliot a sommeil. Quand E.T. a faim, Elliot aussi. Quand E.T. devient saoûl, Elliot devient saoûl lui aussi.

Plus tard, lorque Elliot présente E.T. à son frère, il dit "Je vais le garder" - ceci sans même songer à ce que E.T. veut de son côté. Mais Elliot commence à compatir avec les autres, comme le prouve la scène où Elliot libère les grenouilles en classe de SVT, avant qu'elles ne se fassent disséquer. Arrivé à la fin du film, Elliot "ressent ce que les autres ressentent", assez pour renvoyer E.T. chez lui, en dépit du fait que son ami va lui manquer.

Tout dans ce film est construit autour de l'armature que le grand frère d'Elliot énonce au début de l'histoire.
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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Sam 16 Juin 2012 - 19:15

yeahmerci beaucoup ça a l'air passionant!je vais l'acheter de ce pas :)

en revanche je ne crois pas que ce soit avisé de dire que l'un ou l'autre bouquin est mieux, je dirai plutot que ça se complete!


par exemple dans la trad que tu propose, il dit rien de bien concret, c'est des belles phrases pleines de bon sens mais elles ne sont pas applicables en elles meme il me semble.

ce que je veux dire c'est que dire qu'il faut argumenter dans un sens ne suffit absolument pas pour faire une bonne histoire. lire juste cette phrase est tres trompeuse sur la realité des sequences a construire pour faire un film.



ainsi donc je me permet de completer avec le bouquin STORY:

il faut au contraire, structurellement parlant hein, mettre autant d'argument dans un sens que dans le sens opposé sinon le film est chiant automatiquement. il faut mettre autant d'evenments qui contredisent et qui font obstacle a l'argument principal (rien que ce terme est bien trop aleatoire je trouve par rapport au mot "valeur" car on comprend facilement la notion de valeur positive ou negative alors que dire "argument" c bizarre de dire qu'il est positif ou negatif)). tout est une question de contraste. c'est comme ça qu'on doit penser chaque sequence. le contraste met en valeur la valeur (ou l'argument^^) final

en verité le bouquin de robert mc kee est derriere ses apparences plus complexes, tres tres precis et rationnel

bref tout ça pour dire qu'il faut lire les 2! merci pour tout again et je deplace ça direct dans best of the best :)

hesitez pas a faire des trad la dessus aussi!


Dernière édition par mylydy le Sam 16 Juin 2012 - 20:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Sam 16 Juin 2012 - 19:33

Tout à fait d'accord sur l'histoire de contraste et tout ça, là il parle juste de l'argument principal en effet, celui qu e le spectateur doit ressentir clairement à la fin du film. =)


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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Sam 16 Juin 2012 - 19:41

en tout cas retenez bien cette phrase, taggez la en enorme sur votre plafond lol

Citation :
les auteurs les moins expérimentés pensent que plus une chose est compliquée, mieux c'est. Si vous voulez ressembler à un auteur mature, soyez précis.
.

le magnifique contre exemple recent etant "cosmopolis" qui n'est qu'un amas de dialogues ultra spophistiqués pour n'evoquer qu'un argument final simpliste et adolescent : le capitalisme c'est mal

meme si vous croyez que c complexe a lire tout ça, c'est en realité parce que vous n'y etes pas familiarisés... sachez que c'est parce qu'on n’en parle jamais dans vos cours mais si vous vous familiarisez avec le milieu du story telling, du scenario tout ça, vous aurez de plus en plus de facilités a assimiler ces tonnasses d'infos, donc a vous de vous y mettre progressivement et vous verrez!


Dernière édition par mylydy le Sam 16 Juin 2012 - 19:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Sam 16 Juin 2012 - 19:42

Continutaion des posts sur l'armature au début du blog :

L'ARMATURE - PARTIE 5

Le géant de fer est un fantastique dessin animé réalisé par Brad Bird. En surface, ce film ressemble à E.T. en de nombreux points. Il raconte l'histoire d'un garçon qui se lie d'amitié avec un être venu de l'espace (dans ce cas, un robot géant). Et, comme dans E.T., le gouvernement recherche l'alien. Alors, quelle est la différence entre les deux films ? Eh bien, la différence réside dans l'armature. En fait, je n'ai entendu que très peu de ges comparer les deux films. Ils ont tous les deux quelque chose de différent à dire, et donc les similarités de surface importent peu.

Dans l'histoire du géant de fer, le robot est endommagé quand il arrive sur Terre. Plus tard, après s'être lié d'amitié avec le petit garçon, le gentil robot se souvient qu'il a été programmé pour être une arme de destruction massive. Il manque même de vaporiser le garçon par accident. Maintenant, le robot est en conflit avec lui-même. Se soumettra-t-il à sa programmation (= sa nature) ou luttera-t-il contre elle ? D'après ce que j'ai lu, quand Brad Bird a présenté son idée au studio, il a dit : "E si un robot avait une conscience et refusait d'être une arme ?" C'était son armature. Dans le film, c'est énoncé de la façon suivante : "Tu es celui que tu choisis de devenir".

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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Sam 16 Juin 2012 - 22:50

L'ARMATURE - PARTIE 6

Le succès de Mary à tout prix a conduit Hollywood à produire un nombre fou de comédies à l'humour rude et grossier. Les frères Farelly ont réalisé bien d'autres films dans le même genre - qu'est-ce qui a fait que Mary à tout prix est devenu un film que tout le monde semble adorer ? Personnellement, j'ai trouvé le film si bon que je suis allé le voir trois fois au cinéma. Si vous me connaissiez, vous sauriez qu'il y a peu de films que j'aime. Et je ne suis pas particulièrement friand d'humour pédant. Alors pourquoi ce film ? Parce qu'il a une armature.

Je ne pense pas que les spectateurs accordent beaucoup d'importance au genre d'une histoire ou d'un film ; ils veulent simplement être divertis et émus. Et ils réagissent toujours, toujours aux histoires avec une armature. Dans Mary à tout prix, le personnage de Ben Stiller n'est honnête ni envers Mary, ni envers lui-même. C'est un harceleur, et tant qu'il ne s'en rend pas compte, il n'est pas digne de l'amour de Mary.

Un film comme Terminator, de James Cameron, pourrait sembler avoir, à première vue, une armature peu solide. Mais c'est un film qui a vraiment quelque chose de sérieux à dire. Si vous vous rappelez, Sarah Connor est une femme typique du 20ème siècle, avec un job stressant et mal payé dans un fast-food. Dans le premier acte du film, Sarah passe une journée particulièrement mauvaise au travail, quand l'un de ses collègues lui dit : "Regarde les choses sous cet angle : dans 100 ans, qui se souciera de tes problèmes ?"

Il s'avère que la vie de Sarah est sur le point de basculer. Un robot venant du futur a été enovyé dans le passé pour la tuer, pour ne pas qu'elle puisse donner vie à son fils, John, qui est une menace pour Skynet (le système informatique qui régit la Terre du futur). Selon le film, Sarah est l'une des personnes les plus importantes jamais nées. Ainsi, cette vie mondaine qu'elle vit a en fait de l'importance. Dans 100 ans, tout le monde se souciera de savoir qui était Sarah Connor.

Dans le Magicien d'Oz, l'armature est énoncée comme suit : "Il n'y a pas de meilleur endroit au monde que notre maisson". Mais ce pourrait être tourné d'une façon plus juste : "On possède peut-être déjà ce que l'on recherche". Comment savons-nous que c'est ça l'armature du fllm ? Parce que c'est dit tout haut ? Non, parce qu'elle est dramatisée, parce qu'elle s'inscrit dans une logique de dramatisation.

Souvenez-vous que votre armature est la fondation qui soutient toute votre histoire. Tout repose sur elle. Chaque décision que vous prenez devrait être basée dans le souci de dramatiser votre idée de départ.
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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Sam 16 Juin 2012 - 23:06

DRAMATISATION ET ARMATURE

Ce qui suit est une fable d'Esope.

LE FAGOT DE BOIS

Il était une fois un fermier qui avait de nombreux garçons qui ne faisaient que se chamailler et se bagarrer. Un jour, le fermier rassembla ses enfants. Il avait dans ses mains des branches liées les unes aux autres : un fagot de bois.

Il demanda à chacun de ses fils de prendre le fagot de bois et de le casser en deux. Tour à tour, ils essayèrent, et tour à tour, ils échouèrent. Après cela, le fermier détacha les branches, tendit à chacun de ses fils une unique branche, et leur demanda à nouveau de les casser. Cette fois, ils réussirent aisément.

"Vous voyez, mes enfants," dit le fermier, "si vous formez un seul et même esprit, et si vous vous unissez pour vous aider les uns les autres, les attaques de vos ennemis n'auront sur vous aucun effet ; mais si vous vous dispersez, si vous vous éloignez les uns des autres, alors vous serez brisés aussi facilement que vous avez brisé ces branches."

Armature (= morale) : dans l'unité réside la force.

Esope a vécu il y a presque 3000 ans et pourtant on raconte toujours ses histoires. Et ses histoires sont non seulement racontées, elles prospèrent. Elles font partie de notre vie de tous les jours. Tout le monde sait de quoi l'on parle lorsque l'on dit que quelqu'un est un loup déguisé en mouton. Ou si l'on dit que quelqu'un crie au loup. Ces expressions proviennent des fables d'Esope.

Pourquoi donc des histoires racontées il y a si longtemps prospèrent aujourd'hui ? Eh bien, c'est parce qu'elles ont toutes quelque chose à dire sur le fait de vivre en société, en tant qu'être humain, et que les gens n'ont pas beaucoup changé depuis 600 av JC. Et croyez-moi, tant qu'il y aura des hommes, nous aurons les mêmes problèmes que nous avons toujours eu.

Les armatures des histoires d'Esope sont souvent appelées morales, mais peu importe comment vous les appelez, ça en revient toujours au même point : Esope avait quelque chose à dire. Et pas seulement ça : il avait aussi pris la peine de dramatiser son idée. Le fermier dans l'histoire du fagot de bois démontre son argument à ses enfants, plutôt que de simplement le leur dire. En agissant ainsi, Esope dramatise également son idée pour que ses lecteurs s'en imprègnent.

Tout comme les blagues, ces courtes histoires n'ont rien de superflu. Tout ce qui est dit et raconté sert à quelque chose. Souvenez-vous que ceci est vrai de n'importe quelle bonne histoire, peu importe sa longueur.
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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Dim 17 Juin 2012 - 0:23

merci pour tout!! vraiment super ça va donner envie a tout le monde d’acheter son bouquin^^
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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Dim 17 Juin 2012 - 0:37

merci beaucoup pour cette découverte et c'est énorme les trads que tu fais! Du coup moi aussi j'ai envie d'avoir le bouquin dans ma bibliothèque maintenant! ^^

sinon je ne crois pas que son bouquin a été traduit mylydy...Mais qwentin va nous le traduire! hein?! héhé :)
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nan franchement ce bouquin a l'air tout aussi intéressant que STORY (que je n'ai toujours pas fini d'ailleurs) et super pédagogique.
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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Dim 17 Juin 2012 - 11:32

Woah Kwentin, t'es un peu un gros ouf dans ta tête, tu sais?
Sérieusement, merci pour les trads, c'est de la barre à mine.
Par contre, Invisible Ink ne m'évoque rien que j'aie pu voir ne librairie... C'est le genre de bouquin trouvable (et feuilletable) facilement dans les libraires spécialisées, ou une pseudo-rareté qu'on ne peut choper que sur Amazon?

- - - - - - - - - - - - - - -
"Squadelaaaaah!"

Theumbleurr
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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Dim 17 Juin 2012 - 11:43

Non, le livre n'est pas disponible en France ; perso je l'ai acheté via Amazon.

Il est relativement récent (sorti en janvier 2010) et je pense qu'il va falloir attendre un peu avant qu'il attire l'attention d'un éditeur français.

Mais sincèrement, il est plutôt facile à lire, donc ne vous laissez pas trop rebuter par l'anglais !
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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Dim 17 Juin 2012 - 13:24

LA DOULEUR RITUELLE - PARTIE 1

"Tout le monde souhaite aller au paradis, mais personne ne souhaite mourir."
- paroles d'une chanson de blues

Il y a quelques années, alors que je travaillais sur un spec script qui parlait de gangs, j'ai fait la visite d'une école de quartier et j'ai demandé aux élèves comment fonctionnaient les gangs. L'une des choses que j'ai découvert, c'est que, pour être accepté dans un gang, il fallait passer une épreuve. Cette épreuve consistait à accepter de se laisser battre et frapper par les autres membres du gang pendant un temps donné, qui pouvait aller de deux à cinq minutes. Si vous réussissiez, vous deveniez un membre du gang.

Ca m'a semblé si barbare ! Je ne comprenais pas comment on pouvait accepter de se laisser abuser de la sorte.

Quelques années après cela, j'étais en pleine écriture d'une BD qui avait pour personnage principal un aborigène australien. En faisant des recherches, je suis tombé sur un article qui parlait d'un tribu qui avait pour rituel d'initiation à l'âge adulte le fait d'arracher une ou deux dents à des adolescents.

Ca m'a ramené quelques années plus tôt, quand un bon ami à moi faisait partie d'une association. Je n'aurais jamais pu me laisser humilier comme il l'a fait pour rejoindre l'association.

J'ai donc commencé à voir dans tout ça un lieu commun - des groupes d'hommes ou de garçons qui avaient tous un rite d'initiation barbare pour rentrer dans un cercle. Ca n'a pas l'air d'être quelque chose que l'on doit apprendre ; ça a l'air de faire partie intégrante d'un comportement.

Plus tard, je discutais avec un prêtre-sorcier africain qui vivait dans mon voisinnage, et il commença à me parler de la cérémonie de passage à l'âge adulte dans son village. Il me raconta que dans le monde entier, de nombreuses tribues avaient des cérémonies similaires, et que toutes comprenaient ce qu'il appelait la "douleur rituelle", le "rituel de la douleur". Parfois, c'était un rituel de scarification ou de tatouage. Parfois, il fallait chasser tout seul une bête féroce. D'autres fois encore, il fallait pouvoir survivre seul dans la forêt. Pour certaines tribus, c'était la circoncision. Le sang, ou le fait de saigner, faisait presque toujours partie du rituel. Comme le disent les membres d'un gang de rue, "Pour rentrer, tu dois saigner ; pour sortir, tu dois saigner". Ce qui veut dire que pour rentrer ou sortir d'un gang, on doit se soumettre à la douleur.

Dans tous les cas, ces rituels semblent avoir pour but d'affaiblir et de détruire les individus pour pouvoir les transformer, les faire passer du monde de l'enfance au monde adulte. A la fin du rituel, ils sont considérés comme de vrais membres du groupe, pouvant jouir à leur tour des mêmes droits, privilèges et responsabilités qu'un adulte déjà membre.

J'ai demandé au prêtre-sorcier ce qu'il en était des femmes. Il m'a dit qu'en général, les femmes ne se soumettent pas à ce genre de cérémonies, car elles ont déjà ce saignement naturel et régulier qui signifie leur transformation de filles en femmes. De plus, elles saignent et ont souvent mal lorsqu'elles perdent leur virginité. Et nous savons tous que lorsqu'une femme donne vie à un enfant, elle souffre beaucoup, et ceci, sans aucun doute, peut la transformer.

J'ai commencé à penser à cette idée de douleur rituelle en termes d'histoire et de storytelling. Le deuxième acte est une sorte de rituel de la douleur qui va transformer et changer votre personnage. Normalement, au début de l'histoire, votre personnage a ce qu'on appelle un "défaut fatal". Votre personnage va devoir apprendre quelque chose au cours du récit avant qu'il puisse être transformé en une personne meilleure et plus mature.

Qu'est-ce que le grand frère d'Elliot lui dit dans E.T. ? "Quand est-ce que tu vas enfin grandir et apprendre à respecter les sentiments des autres ?"

Nous sommes tous résistants face au changement. Il exsite une vieille chanson de blues qui contient les paroles suivantes : "Tout le monde souhaite aller au paradis, mais personne ne souhaite mourir".

Il est plus que probable qu'il y ait en vous quelque chose que vous voudriez changer, ou que vous devriez changer. Mais c'est trop difficile à faire, n'est-ce pas ? Je ne sais pas pourquoi le monde marche de cette façon, mais les choses que l'on devrait faire sont toujours les plus difficiles à faire. Ainsi, nous nous engageons que très rarement sur la voie du changement. Ceci est vrai de vos personnages, également.

Dans Toy Story, Buzz l'éclair refuse de croire qu'il est un jouet et non un ranger de l'espace. Woody, quant à lui, doit apprendre à partager l'affection de son propriétaire avec Buzz. Quand vous reverrez le film, vous remarquerez que cette transformation n'est pas facile pour eux. Mais quand enfin ils changent, vers la fin du film, ils sont tous les deux devenus de meilleures personnes.

Dans Toy Story 2, Woody coure le danger d'être remplacé et rencontre Jesse, qui lui raconte ce à quoi son futur pourrait ressembler. C'est une expérience douloureuse pour eux deux, mais ils réalisent aussi qu'ils ont chacun de la valeur.

Comprendre comment fonctionnent les histoires a permis à Pixar de réaliser l'une des rares suites qui soit aussi bonne que l'original. John Lasseter et les gens à Pixar comprennent l'art du storytelling aussi bien que n'importe qui. Etudiez leurs films.

Prenez un films comme Les dents de la mer : prenez un homme qui a peur de l'eau, et confrontez-le à la douleur rituelle d'avoir à affronter un requin. Ce rituel de la douleur va le transformer et le délivrer de sa peur.

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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Dim 17 Juin 2012 - 13:48

putain quentin t'es vraiment un ouf !
merci pour ces trads en or :) !
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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Dim 17 Juin 2012 - 13:53

admis et "musclé" d'office du coup :) merci encore!
prenez en de la graine les gens en periode d'essai :)
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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Dim 17 Juin 2012 - 14:30

Comment t'enchaînes les trads, Qwentin ^^ chapeau !
C'est très intéressant !
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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Dim 17 Juin 2012 - 15:06

Yes c'est cool ! Le bouquin va être vite traduit à cette allure là =)
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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Dim 17 Juin 2012 - 15:08

pas encore pris le temps de tout lire c'est super chouette déjà, un grand merci surtout vu le taff de traduction en une seule soirée o_o

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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Dim 17 Juin 2012 - 17:50

Cool! Faudrait que je me mette à story, les deux ont l'air assez complémentaires :) merci !

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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Dim 17 Juin 2012 - 18:29

Ah mais okay j'ai survolé vite fait hier comme un idiot sans réaliser que tu traduisais complètement un bouquin en anglais... Merci pour ce boulot de malade du coup, j'viens d'en lire un bout c'est super intéressant et ça donne envie de se procurer le livre complet, même si j'pense commencer par Story dans un premier temps, j'mets celui-ci sur ma liste : )
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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Dim 17 Juin 2012 - 23:01

Merci pour vos encouragements ! Je continue la traduction des posts sur la "douleur rituelle" :


LA DOULEUR RITUELLE - PARTIE 2

Avec Terminator, James Cameron a pris ce qui aurait pu devenir un petit film de série B et en a fait un succès surprise au box-office. Il a placé le personnage de Linda Hamilton, Sarah Connor, dans la douleur rituelle d’être poursuivie sans relâche et presque tuée. A la fin du film, elle est tranformée en une femme qui comprend que sa vie a de l’importance. Cette expérience a également fait d’elle une femme plus forte, et elle semble moins effeminée. Elle a grandit.


Dans Terminator 2, c’est Sarah Connor elle-même qui devient le Terminator. C’est elle qui essaye de tuer un homme pour quelque chose qu’il fera dans le futur. A travers le rituel de la douleur, elle se rend compte qu’elle est devenue la chose même qu’elle hait.



Dans Aliens, le personnage de Sigourney Weaver, Ripley, est hantée par des cauchemards peuplés par la créature à qui elle a échappé dans le premier film. A travers la douleur rituelle d’avoir à combattre ces créatures une nouvelle fois, elle se libère de ses cauchemards et retrouve goût à la vie.



Billy Wilder comprenait si bien le pouvoir de la transformation de personnage que lorsque l’American Film Institute dévoila sa liste des 100 meilleurs films de tous les temps, quatre étaient de lui.


Dans Boulevard du crépuscule de Wilder, le personnage de Joe Gillis, un scénariste hollywoodien sans travail, trouve un peu de sécurité lorsqu’il devient le domestique d’un ex star du cinéma. Il devient littéralement son animal de compagnie. En fait, la première fois qu’ils se rencontrent, le chimpanzé de la vieille star vient tout juste de mourir. Ce n’est pas un hasard si c’est directement après cet incident que Joe Gillis s’installe dans la maison de la femme. A un moment du film, la femme habille Joe d’un smoking - parfois appelé l’habit du singe. C’est à travers la douleur rituelle d’être un domestique que Joe Gillis apprend que le fait de posséder une piscine n’est pas un prétexte pour renier ses principes.



Le thème du reniement apparaît souvent dans les films de Billy Wilder. Dans La Garçonnière, Jack Lemmon joue un homme qui, dans le but de grimper les échelons de la compagnie à laquelle il travaille, prête son appartement à des cadres et des directeurs de sa compagnie. Parfois, à cause de cela, il se trouve dans l’impossibilité de rentrer dans son appartement et doit dormir dans le parc. Bien évidemment, il apprend au fil du récit à ne pas se laisser marcher dessus et à rester fidèle à ses principes.



Toujours dans La Garçonnière, Shirley Maclaine joue une femme qui a une relation avec l’un des directeurs mentionnés ci-dessus. L’idée de se renier, ou de se prostituer, est évidente lorsque le directeur, n’ayant pas eu le temps d’acheter un cadeau de Noël à sa maîtresse, tend à Shirley un billet de 100 dollars en guise de présent. C’est à travers la douleur rituelle d’être traitée comme moins que rien que Shirley apprend à être digne d’elle-même, assez pour partager la compagnie d’un homme qui lui sera entièrement dévoué.





LA DOULEUR RITUELLE - PARTIE 3



La Garçonnière a deux personnages qui changent, mais ils apprennent tous deux essentiellement la même leçon.


Comme le changement n’est jamais facile et que c’est quelque chose face auquel on résiste toujours, il est de votre devoir en tant que storyteller d’exercer sur vos personnages autant de pression que possible. Vous devez les coincer, les menoter, et les forcer à changer. Et faites en sorte que ça soit aussi douloureux que possible. Amenez vos personnages à la limite de la mort physique ou émotionnelle si vous le pouvez. Votre protagoniste sera jugé par l’ampleur de la douleur et des obstacles qu’il va subir, donc n’y allez pas de main morte : faites-le souffrir.



Ceux qui croient en la réincarnation pensent que nous mourons et resuscitons jusqu’à ce que l’on apprenne ce qui nous a été destiné à apprendre sur Terre. Quand enfin nous atteignons la sagesse, nous accédons à un niveau plus élevé d’existence. Nous sommes récompensés. Mais on n’a pas besoin de croire en la réincarnation pour voir cette idée à l’oeuvre : la vie de tous les jours suffit. Beaucoup d’entre nous connaissent des gens qui répètent encore et encore les mêmes erreurs dans leur vie. Il se peut, par exemple, qu’ils ne cessent de sortir avec des gens qui leur manquent de respect. Tant qu’ils ne se rendent pas compte que c’est eux-mêmes qui se font subir ça, ces gens-là ne seront jamais heureux. Ils n’obtiendront jamais de récompense.


Un jour sans fin est un parfait exemple de ce concept, en termes d’histoire. Dans un certain sens, Bill Murray renaît chaque jour. A un moment, il essaie même de se tuer pour sortir de ce cercle infernal, mais ça ne marche pas. C’est seulement lorsqu’il commence à s’intéresser à des choses extérieures à lui-même, et devient du coup une meilleure personne, qu’il peut enfin atteindre sa récompense. Après cela, il accède à un nouvel état d’existence, mieux que le précédent.

Un personnage sait quasiment toujours ce qu’il veut, mais très rarement ce dont il a besoin. Généralement, à la fin d’une histoire, le personnage est très proche d’obtenir ce qu’il veut, mais choisit le besoin à la place. Par exemple, dans Casablanca, Bogart obtient la fille à la fin - la seule et unique chose qu’il ait voulu pendant toute l’histoire. Mais Bogart dit à la fille de partir avec son mari : il a besoin d’oublier le personnage d’Ingrid Bergman. Quand il s’accroche trop fermement à ce qu’il veut, Bogart est un homme plein d’amertume et égoïste. Il prononce même la phrase : «Je ne risque ma peau pour personne.» A la fin du film, il risque sa peau pour s’assurer que la femme qu’il aime puisse partir avec son mari. Nous savons qu’il est devenu une meilleure personne. Il a grandit.



Dans La Garçonnière, Jack Lemmon parvient à obtenir la promotion après laquelle il courait depuis le début de l’histoire. Mais à présent, il a appris à rester digne et refuse la promotion. Il a grandit. Ce geste lui permet d’obtenir sa vraie récompense : la femme qu’il aime.


Dans E.T., Elliot souhaite que son ami reste avec lui, mais il l’aide en fait à rentrer chez lui. Il place les besoins de son ami avant les siens. Elliot souffre à cause de ça, ça le fait pleurer, mais il sait que c’est la meilleure chose à faire. Elliot grandit et est tranformé en une meilleure personne grâce au rituel de la douleur.



La plupart des spectateurs, en regardant E.T., ne savent pas qu’ils assistent à la tranformation d’un personnage d’enfant égoïste à celui de réel être humain qui se soucie du bien des autres, mais une chose est sûre, c’est qu’ils ressentent cette transformation.


Le rituel de la douleur veut dire détruire un aspect de la personnalité d’un personnage, à travers la douleur, pour faire place à un autre aspect, à quelque chose de nouveau.


La transformation de personnage est l’un des outils les plus puissants de l’art du storytelling, et vous feriez bien de l’inclure dans votre travail.




Dernière édition par kwentin le Dim 17 Juin 2012 - 23:15, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Dim 17 Juin 2012 - 23:14

Merci c'est excellent ! : heart5:

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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Lun 18 Juin 2012 - 18:34

Un grand merci !!
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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Lun 18 Juin 2012 - 18:44

Super, c'est toujours important de varier dans tous les domaines ses refs et sa vision sur tel ou tel chose sa permet de prendre un petit-peu de recul.

Mais je pense que le meilleur conseil qu'on pourra jamais donner pour écrire un script c'est justement d'en écrire. C'est comme le dessin pour moi, une fois qu'on a des notions (apprises dans les bouquins comme ceux de McKee ou Brian McDo ^^) faut plancher pour se poser des questions, faire des choix, des erreurs et tout. On aura beau lire des tonnes et des tonnes de choses sur l'art de scénariser tant qu'on bûche pas il en restera pas grand grand chose, pareil pour le storyboard si j'ai bien compris c'est avec la pratique qu'on peut faire des choses pas mal.

Evidement je dis pas sa dans le sens où tous les posts sur l'art de scénariser sur CQFD est à jeter ou inutile loin de là.
Je précise au cas où pour pas qu'on puisse comprendre de travers parce-que sa peux induire en erreur ce que je viens de dire au dessus

Vous en pensez quoi ? (A vrai dire je peux dire une énorme connerie ^^")
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MessageSujet: Re: Invisible Ink de Brian McDonald   Lun 18 Juin 2012 - 19:26

On apprend toujours mieux en faisant. Après je pense que ce qui est interessant aussi c'est d'essayer de confronter tous ces concepts qu'on apprend dans les bouquins avec les films/séries etc que tu peux voir, te poser des questions

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